Le siècle nouveau

De 1900 à 1904

Les recettes :

Recettes ordinaires :
5 centimes ordinaires (contribution fonction personnel et mobilier)603,20
8 centimes sur les patentes288,22
5 centimes spéciaux pour les chemins vicinaux892,68
3 journées de prestation en nature2 171,40
Droits d’octroi8 800,00
Droits de locations de places aux halles de marché ou abattoir1 855,00
Droits de pesage255,00
Droits de mesurage140,00
Droits d’abattage200,00
Fermage des terrains communaux (Vié)12,00
Concessions d’eau (Tournié et Galaup)20,00
Fermage de maisons (Alzieu et Duhamel)40,00
Indemnité pour loger les étalons100,00
Produit des concessions de terrain dans le cimetière (2/3)200,00
Intérêts des fonds placés à la caisse de service30,00
Produit des permis de chasse250,00
Produit de la taxe sur les chiens200,00
Impôt sur les chevaux et voitures20,00
Produit de la taxe sur les vélocipèdes60,00
Total des recettes ordinaires16 137,40
Recettes extraordinaires :
Impôt extraordinaire pour insuffisance de revenu ordinaire affecté aux dépenses facultatives1 500,00
Amortissement d’emprunt (caisse des écoles)1 200,00
Amortissement d’emprunt (caisse des dépôts)0,00
Amortissement d’emprunt (crédit foncier 25000)1 412,27
Amortissement d’emprunt (crédit foncier 6936,621)400,00
Amortissement d’emprunt (caisse des dépôts et consignations 4200)256,20
Total des recettes extraordinaires4 768,47
Récapitulatif des recettes :
Recettes ordinaires16 137,40
Recettes extraordinaires4 768,47
Total général des recettes20 905,87

Les dépenses :

Nature des dépenses ordinaires :
Traitement du secrétaire de la mairie1 000,00
Frais de bureau de la mairie50,00
Frais de registre de l’état civil90,00
Impression à la charge de la commune30,00
Timbre des comptes et registres de la comptabilité communale20,00
Timbre des mandats de paiement délivrés par la mairie60,00
Timbre des rôles et autres titres communaux5,00
Traitement du receveur municipal569,00
Frais de bureau du receveur municipal40,00
Salaire du garde champêtre500,00
Rente du presbytère400,00
Frais de confection des rôles des chiens15,00
Contribution directe de biens communaux60,00
Assurances60,00
Entretien de la maison commune et des édifices publics300,00
Contribution de la commune à la dépense des enfants trouvés150,00
Contribution pour frais d’entretien des aliénés indigents à Limoux650,00
Assistance médicale gratuite200,00
Entretien des chemins vicinaux et d’intérêt communaux3 064,08
Abonnement au vétérinaire100,00
Transport des dépêches250,00
Logement des étalons153,00
Agent de police600,00
Instruction militaire des écoles50,00
Subvention à l’institut Bouissou, Bertrand30,00
Indemnités de résidence allouées aux agents de l’instruction primaire250,00
Chauffage des salles de classe60,00
Chauffage de la mairie50,00
Mercuriales15,00
Éclairage de la mairie100,00
Femme de peine de l’asile300,00
Abonnement au bulletin officiel du ministère de l’intérieur5,00
Abonnement au bulletin des lois3,00
Traitement de l’appariteur ou agent de police et du tambour afficheur475,00
Salaire du monteur de l’horloge40,00
Entretien de l’horloge60,00
Fête locale200,00
Entretien des aqueducs, ponts, caniveaux, pavés200,00
Cantonnier de la ville (à la journée)600,00
Entretien des promenades publiques (élagage des arbres)20,00
Dépense pour l’éclairage1 200,00
Fonds accordés au bureau de bienfaisance200,00
Fête nationale du 14 juillet 1899600,00
Achat de livres pour les élèves indigents300,00
Société de secours mutuels des instituteurs5,00
Abonnement au bulletin des communes6,00
Traitement de l’architecte communal200,00
Salaire pour l’enlèvement du fumier300,00
Abonnement au répertoire administratif8,00
Dépenses imprévues285,32
Gratification aux instituteurs et institutrices 70 à chacun350,00
Tambour pompier35,00
Gratification aux gardes appariteur et tambour60,00
Subvention à la société de tir50,00
Ecoles goûter du 14 juillet, livret de caisse d’épargne300,00
Frais de manœuvre de la pompe à incendie et réparation50,00
Subvention à la lyre chalabroise80,00
Traitement du fossoyeur600,00
Travaux d’utilité communale300,00
Fête du Cazal Sainte Marie20,00
Taxe du bien de mainmorte14,00
Distribution des prix250,00
Achat d’une pompe aspirante et refoulante1 500,00
Total des dépenses ordinaires17 637,40
Dépenses extraordinaires :
Amortissement d’emprunt (caisse des écoles)1 200,00
Amortissement d’emprunt (caisse des dépôts)0,00
Amortissement d’emprunt (crédit foncier 2500,00)1 412,27
Amortissement d’emprunt (crédit foncier 6936,62)400,00
Amortissement d’emprunt (caisse des dépôts et consignations 4200,00)256,20
Total des dépenses extraordinaires3 268,47
Récapitulatif des dépenses
Dépenses ordinaires17 637,40
Dépenses extraordinaires3 268,47
Total général des dépenses20 905,87

La compagnie des chemins de fer du Midi :

La ligne Pamiers-Limoux avait été inaugurée en 1898, alors qu’elle travaillait déjà sur la ligne Bram-Lavelanet.

tunnel ferroviaire de Chalabre

A Chalabre, la construction de la gare était en cours. Le tunnel fut fini d’être percé en 1900, comme l’indique le cartouche côté droit.
Les trains ravitailleurs faisaient des navettes. Les ponts furent construits souvent dans la douleur. Il y avait pratiquement un mort par semaine. Les gens du pays allaient tous les jours voir l’avancement des travaux. Les commentaires allaient bon train (jeu de mots facile).
Le siècle démarrait sous de bons auspices, avec de bons projets.

Le 8 janvier 1900, c’était le projet du réseau téléphonique entre Limoux et Sainte Colombe. Le montant des travaux était 5 017 francs à la charge de la ville. Comme nous pouvons le voir plus haut, il n’était pas prévu au budget, et cela représentait 5 mois de salaire du secrétaire.
La seule contradiction était le tarif :
Entre 2 bureaux du département 0,40 francs les 3 minutes.
Entre 2 bureaux de départements différents 0,30 francs les 3 minutes.
Ce qui est peut-être à l’origine du sketch de Fernand Raynaud, le 22 à Asnières.

Il s’agissait d’une année à « bader » les travaux. La main d’œuvre était pratiquement étrangère. En effet, il y eut beaucoup d’Espagnols pour ce boulot pénible.

La loi de 1901 sur les associations à but non lucratif fait que la fête de l’ascension, qui avait vu le jour en 1821 pour le baptême du duc de Berri, est consolidée par le plébiscite de Napoléon III, qui continue de nos jours avec une période grandiose dans les années 50 et 60.
Le président d’honneur de cette association n’était autre que Laffitte, maire de la ville. Il fit voter par le conseil 300 francs supplémentaires, en plus des 200 francs déjà alloués.
Une souscription fut lancée, et les principaux donateurs furent :

  • Dujardin-Beaumetz député, 50 francs.
  • Le docteur Laffitte maire, 40 francs.
  • Bonnail conseiller général, 50 francs. Il fera parler de lui dans l’épisode Védrines.
  • De Mauléon le marquis en réalité comte, 20 francs.
  • Peille Henri cafetier, 20 francs.

En tout, 108 familles participèrent, ce qui rapporta 741 francs. Plus les 500 francs de la mairie, le comité disposait de 1 241 francs.
Les dépenses étaient ainsi réparties :
Les musiciens pour les 4 jours : 500 francs.
L’éclairage de Mir Justin, ferblantier, zingueur, vélocipèdes : 300 francs. Le fils du ferblantier se fera arracher la main au cours d’un artifice. Le père vendra son activité.
Et : 80 francs en divers.

Tout était réuni pour avoir une fête brillante et joyeuse. Mais, comme le savent tous les Chalabrois, il est rare de ne pas voir la pluie venir gâcher cette manifestation.
Les baraques et manèges s’étaient installés sous la pluie. Tout le monde avait les yeux tournés vers le ciel, surveillant les nuages noirs au-dessus de Roquefère, comme pour demander la clémence des dieux. Rien n’y fit. Le mercredi et le jeudi, de violents orages éclatèrent. Les rivières étaient engorgées. Le lendemain vendredi, la fête reprit avec un ciel plus clément.
Hélas, le cœur n’y était plus ! Une odeur pestilentielle flottait dans les rues, sur les cours, là où les manèges étaient installés.
Les habitants et forains marchaient sur une matière grasse, celle qui dit-on vous fait gagner à la loterie quand on marche dessus.

C’était l’horreur ! Les fosses d’aisance débordèrent. Elles avaient été ordonnées 70 ans plus tôt, plus exactement en 1832 par le maire Anduze Faris, qui avait obligé les propriétaires à créer des latrines et fosses d’aisances dans les cours et jardins. Le problème venait du mot cours, que les villageois interprétèrent comme étant les cours du tour de ville, alors qu’il s’agissait des cours que chaque immeuble pouvait posséder. Il était arrivé que l’une ou l’autre déborde d’un trop-plein, mais jamais une centaine à la fois !
La municipalité et le maire Laffitte, devant un tel désastre, décidèrent par un arrêt, lors de la réunion du 24 juillet que : toutes les fosses creusées sur la voie publique soient démolies et rebouchées.

Le 11 septembre 1901, le conseil municipal donna un avis favorable pour l’agrandissement du cimetière.

La ligne de chemin de fer était toujours en construction, que le 17 juillet 1902 la municipalité demandait à la compagnie d’adapter les horaires des correspondances à Moulin Neuf. La ligne Pamiers-Limoux était déjà en service.

Suite à une enquête du 29 décembre 1902, il y avait 118 Chalabrois qui bénéficiaient de l’aide médicale gratuite.

Les années se suivent pour les habitants et se ressemblent. Il y avait plus de « badauds » que de travailleurs, qui entravaient le bon fonctionnement et l’avancement des travaux, en donnant des conseils judicieux aux ingénieurs « moi je ferais ceci et pas cela ! ». Le maire demanda d’installer une boîte postale à la gare, à croire qu’il en avait fait son cabinet de consultation.
Le 20 avril 1903, avec la pose de la boîte postale, se posa encore la question des horaires.

Au printemps 1903, la ligne est en service. Les « badauds » peuvent, tels des bovins, regarder passer les trains.
D’autres utilisèrent ce moyen moderne et rapide de locomotion.

Les scientifiques Audois à Chalabre

La Société d’Études Scientifiques de l’Aude, créée au milieu du 19ème siècle et existante encore de nos jours, nous autorise à publier ses écrits. Qu’elle en soit remerciée. Le président en cette période n’est autre que le docteur Courrent, originaire de Chalabre. Sa famille est propriétaire de l’hôtel de France. Son frère vient de prendre la succession. L’incendie n’a pas encore fait de ravages, voilà ce que dit le docteur :

Rapport sur l’excursion

La récente mise en exploitation des lignes de Bram à Lavelanet par Chalabre et de Limoux à Pamiers par Mirepoix m’a suggéré l’idée de proposer à la société une excursion scientifique dans le pays de Kercorb et le pagus Mirapensis. Une similitude de mœurs, un climat semblable, une même construction géologique, des souvenirs historiques intéressants rattachent intimement les cantons de Chalabre et de Mirepoix, que seules des limites administratives ont placés dans deux départements différents.

Avant 1210, le pays du Kercorb est placé entre les riches possessions des comtes de Foix et des vicomtes de Carcassonne, et a été un perpétuel objet de convoitises.

Pendant la croisade des Albigeois, la région est envahie par les armées de Simon de Montfort, les seigneurs furent dépouillés et remplacés par voies de conquête, dans le pays de Kercorb, par Pons de Bruyères le Châtel, maréchal des Albigeois, lieutenant du chef des croisés.

On peut visiter aujourd’hui encore les manoirs de Chalabre dans le département de l’Aude, demeure seigneuriale qui a échappé, on ne sait par quel miracle, à la révolution, et qui a été choisie, pour y faire leur séjour préféré, par les descendants de la famille aussi illustre qu’ancienne des de Bruyères.

Une ample moisson botanique et entomologique peut être récoltée dans cette région où la campagne est merveilleuse de verdure au printemps.

Rien donc ne manque à ce beau pays pour satisfaire aussi bien le chercheur et le savant que l’amateur et le touriste, et mon projet d’excursion reçut en conséquence l’adhésion de la Société et de la commission.

Première Journée

Par une très belle matinée, et un beau temps, neuf excursionnistes de la Société d’Études Scientifiques, MM. G. Gautier, G. Rebelle, Léonce Marty, Fabre, Evrot, Escargel, Glories, Mme et M. Brunel étaient présents au rendez-vous, à la gare du Midi de Carcassonne, le dimanche 22 Mai 1904, jour de la Pentecôte, à 7 heures du matin.

Arrivé moi-même à Chalabre la veille, pour, avec M. Henri Rascol, pharmacien et membre de notre Société, régler les derniers détails de l’excursion, je me transportai à Moulin-Neuf au-devant de nos collègues.
Vers 10 heures un double coup de sifflet annonce le double train de Pamiers et de Lavelanet arrivant de Bram.
Pendant les manœuvres, et en attendant l’heure du départ, serrements de mains, cordiaux échanges de compliments ; on se réjouit du temps splendide qui promet de présider à notre promenade.
« Les voyageurs pour Chalabre et Lavelanet en voiture ! S V P » et nous voilà partis. Dans trente minutes, nous serons rendus à Chalabre.

Les voyages en chemin de fer sont peu propices à la mise au point des paysages qui se déroulent. Mais notre train n'a rien de la vitesse du Sud-Express, et nous pouvons, sans grands efforts, admirer les belles eaux limpides de l’Hers qui roulent à nos pieds dans un lit sinueux, aux rives ombragées de saules et de peupliers, bordées de champs de céréales, de prairies naturelles dont la teinte uniformément verte est égayée par le tapis rouge des esparcettes en fleur (sainfoins).

Au bout de cinq minutes, le train stoppe : « Lagarde ! » Ce nom rappelle une partie du programme, et les excursionnistes se précipitent aux portières, d’où l’on peut contempler, au milieu d’un bosquet, les ruines du vieux manoir, de la vieille forteresse de Lagarde au pied de laquelle se développe le village du même nom.

Entre-temps, on cause du passé, on esquisse l’histoire du pays. L’infatigable M. Rebelle prononce de temps à autre, le sourire sur les lèvres, deux ou trois mots latins en s’adressant à M. Gautier et à ses collègues les botanistes. Même à la vitesse du train, il vient de reconnaître des plantes dont il est heureux de constater et de noter la présence.

On est émerveillé devant les bois touffus de chênes et d’essences diverses qui s’étendent sur les collines de Saint-Quentin et de Camon, et qui descendent jusqu’au lit de la rivière de l’Hers sur la rive gauche, duquel court sinueuse la route départementale de Mirepoix.

construction du pont ferroviaire

La ligne du chemin de fer se rapproche de plus en plus du cours d’eau, et la traverse sur un de ces ponts artistiques, comme ont l’habitude d’en construire les ingénieurs sur les lignes pittoresques qui, se détachant de la grande artère, pénètrent au cœur des Pyrénées.
Nous voici à Camon (Ariège) où l’on aperçoit, dominant le village, l’ancien couvent des Bénédictins de Saint Maur si puissant au Moyen Âge, et qui se partageaient avec les Seigneurs de Chalabre et de Mirepoix la suzeraineté sur la Terre privilégiée et le pays de Mirepoix. Le village de Camon où l’on conserve précieusement :

  1. un inventaire de tous les documents du prieuré, fait en 1700
  2. une charte de la dix-septième année du roi Lothaire
  3. le registre du greffe de 1322.

Très intéressant à visiter. Camon a conservé, avec ses vieilles maisons de style renaissance, son église et son couvent, un cachet de vieux que l’on trouve d’ailleurs dans presque toutes les localités des environs.
Malheureusement, notre programme ne nous permet de nous arrêter ici ni aujourd’hui ni demain.
Un quart d’heure encore, et nous arriverons à Chalabre.
Nous marchons en ce moment sur la rive gauche de l’Hers. Le paysage est toujours aussi beau, aussi riant. Nous passons sous le tunnel de Falgas, et voici poindre la flèche aiguë du clocher de forme pyramidale de l’église de Saint-Pierre. Le monument a bel air. Il surplombe l’Église qui est isolée sur un mamelon à l’est de la gare, et ses 47 mètres de hauteur en paraissent bien cent. Heureuse coïncidence, les cloches sonnent à toute volée et le superbe carillon chalabrois qui appelle les fidèles à l’office du dimanche, semble commandé pour nous recevoir.

L'Hers

Madame Courrent, M. Henri Rascol, M. Léon Debosque, membres de la Société attendent les excursionnistes sur le quai de la gare. M. le docteur Laffitte, maire de Chalabre, M. le docteur Graziani, qui sont déjà des nôtres, puisqu’ils acceptent les insignes de la Société, ont tenu à nous faire les honneurs de leur ville.

Après les présentations et les compliments d’usage, les excursionnistes, au nombre de quinze, grâce à l’appoint des Chalabrois, montent la rampe de la gare pour arriver sur le plateau où s’étend la petite ville de Chalabre construite, dans sa partie la plus récente, sur un plan d’une parfaite régularité, dominée au N.-O. par son Église, au N.-E. par le manoir bâti au milieu d’un nid de verdure, d’où émergent les tourelles du vieux château des de Bruyères-Chalabre.

Les excursionnistes admirent les promenades d’acacias, entourant l’église paroissiale de St-Pierre et la belle nécropole de Chalabre. De l’ancien monument, il ne reste que le clocher qui est classé comme monument historique. Frère de celui de Saint-Martin de Limoux et de celui de Saint-Maurice de Mirepoix, il fut construit en 1530, date inscrite sur une pierre à 3 mètres du sol. Moins haut que ceux-ci, il mesure 30 mètres jusqu’à la plate-forme de la tour et 46 mètres jusqu’au sommet de la flèche.
Quatre cloches, dont deux sont classées, garnissent ce clocher.
Le gros bourdon porte comme inscription :

+ - I.H.S. – MARIA – JOSEPH – IN – OMNEM
- TERRAM – EXIVIT – SONUS – EORUM-
PIORUM – SUMPTIBUS – ME – REFECIT – P. –
ET – C – CHALOT - 1664

Il était absolument indépendant de l’ancien temple gothique du XIVème ou XVème siècle. L’édifice menaçait ruine. Il y a quelques années à peine en 1889, on a érigé à sa place un vaste vaisseau de style semblable, construit sur le plan de l’ancien, qui datait de 1529 et avait été restauré en 1830. L’église ne présente pas grand-chose d’intéressant au point de vue archéologique. Cependant, les chapelles de gauche ont été conservées, et aux clefs de voûte on aperçoit encore, malgré des peintures intempestives, les attributs des corporations qui, à l’édification du monument, avaient tenu à avoir chacune sa chapelle. Il contient, dans le chœur, un bel autel en marbre. Un baldaquin en bois sculpté et doré, qui ornait déjà l’église primitive est remarquable. Il est formé de 4 colonnes torses de pampres et d’un entablement, avec divers ornements, qui supporte le dôme surmonté d’une croix. Ce dôme est constitué par 4 arcs gracieusement infléchis, terminés par des volutes et se rejoignant sous la croix ; le tout en bois sculpté et doré du style rococo du XVIIIème.

Les statues de bois doré, qui meublent le chœur, sont celles des apôtres. Parmi celles de la nef, on remarque deux pietà, madones espagnoles et un Saint-Eloi.
Une des chapelles de droite récemment édifiées est dédiée à Saint-Etienne avec un grand tableau à fresque du peintre Carcassonnais Ourtal.

Par la belle avenue du pont du Chalabreil et les promenades de platanes qui la continuent, nous arrivons aux premières habitations de la ville. Mais, esclaves du programme, nous visiterons, avant d’aller en ville, le château habité par M. le Marquis Antoine de Mauléon, descendant par sa grand-mère de l’antique famille des Bruyères-Chalabre.

Un poteau du Touring-Club nous indique le chemin que nous devons suivre. On parcourt, en devisant et herborisant à l’ombre des splendides platanes qui bordent l’allée du château, les 500 mètres qui nous séparent de l’entrée du manoir.
Là, M. le Marquis de Mauléon met à notre disposition un cicérone, qui va nous accompagner dans l’antique demeure de ses ancêtres. Au nom de la Société, je le remercie de son aimable cordialité.

Nous voici au milieu de la cour d’honneur où nous sommes arrivés par les allées sablées, bordées de pelouses et de corbeilles de fleurs. Cette cour d’honneur est limitée vers le midi par une balustrade en pierre. La façade principale regarde vers l’ouest. Cette construction sans style, qui n’a jamais été achevée, est l’œuvre de Louis-Henri de Bruyères évêque de St-Pons, qui, vers le milieu du XVIIIème siècle, sacrifia une partie du vieux manoir (restauré et agrandi une première fois, au XVème siècle, par Roger-Antoine de Bruyères Chalabre), et adapta la nouvelle demeure aux besoins de l’époque. Seul fut conservé le donjon que l’on a couronné depuis de créneaux et qui imprime encore à l’édifice son cachet Moyen-Âge.

Un perron de 6 à 8 marches donne accès à un vestibule imposant, pavé de larges dalles trône la statue de Pons (Thomas) de Bruyères.
Un escalier grandiose conduit au premier étage, et l’on y remarque des arcades formant portique, « ouvrant une de ces perspectives d’intérieur si favorables aux beaux effets de lumière » (Vicomte Gustave de Juillac).
Une rampe en fer forgé borde l’escalier monumental, dont les parois sont ornées d’un portrait en pied de l’évêque de St-Pons : une toile représentant Louis XIV et des portraits de chevaliers couverts d’armures (probablement des membres de la famille de Bruyères), complètent la décoration.

Le fumoir, le grand salon, la chambre dite de Monseigneur sont de fort beaux appartements, imposants par leurs dimensions et la hauteur de leurs plafonds. Ils sont remarquables par les belles tentures de Gobelins qui font l’admiration de tous les excursionnistes. Ces tapisseries forment une suite de six panneaux datant du XVIIème siècle et représentent des sujets mythologiques : Narcisse se mirant dans l’eau, Mercure et le gardien de la vache Io, Latone et l’homme changé en crapaud, les trois autres panneaux représentent la chasse du sanglier du Calydon.

château de Chalabre vue d'en bas

Nul ne visite le château de Chalabre sans faire l’ascension du donjon, sur la terrasse duquel on arrive, après avoir traversé les corridors sombres et méandreux du vieux manoir par un escalier tournant en pierre dure datant des premières années de la forteresse.
Là, on est émerveillé du spectacle féerique qui s’offre à la vue.
Au fond, tout au loin, vers le midi, à 30 ou 40 kilomètres à vol d’oiseau, se dresse superbe à 2349 mètres d’altitude le Saint-Barthélemy, cette sentinelle avancée de la ligne pyrénéenne, dont il est encore séparé par les deux cantons Ariégeois des Cabannes et d’Ax-les-Thermes.

Le géant de la montagne de Tarbes est tout granit et pelé. Des neiges y sont encore visibles, et ces névés alimentent le lac des truites et l’étang du diable où prennent leurs sources l’Hers qui roule ses eaux à nos pieds, le Touyré, son affluent, qui arrose Léran et Lagarde.
Sur un plan plus rapproché de nous et au pied du Saint-Barthélemy apparaissent sur un rocher aux pentes abruptes à 1.200 mètres d’altitude environ, les ruines imposantes du château de Monségur si tristement célèbre pendant la guerre des Albigeois. Sa prise, son démantèlement et la mort sur le bûcher de tous les Manichéens qui y avaient trouvé un dernier refuge furent le dernier épisode de cette si terrible et si néfaste guerre de religion dans les pays de Puivert, Chalabre, et Mirepoix.

Plus près de nous s’étendent d’autres contreforts pyrénéens d’une altitude moindre, montrant le roc nu ou couronnés par les sombres forêts de sapins de Bélesta, Puivert, Sainte-Colombe et Rivel. Ils constituent le plan incliné sur lequel s’appuie au nord le grand plateau de Belcaire et d’Espezel. Et se rapprochant de nous, s’étalent à nos yeux émerveillés les collines ensoleillées à l’altitude de moins en moins imposante, les unes couronnées de bois de chênes et de hêtres, les autres portant la trace d’abondantes et luxuriantes cultures annuelles. Dans le fond de la vallée, deux routes venant de Lavelanet et de Léran à Chalabre, étalent leur long ruban ombragé parallèlement aux eaux de la rivière de l’Hers et du canal qui en dérive.

Si l’on se tourne vers l’Est, on voit s’ouvrir tout près de soi les vallées du Blau et du Chalabreil, véritables torrents descendant vers l’Hers, le premier de l’ancien lac de Puivert, le second des rampes du Col du Bac. Et, dans ces collines, le long de ces cours d’eaux torrentueux, sont construites les routes de Puivert et de Limoux vers Chalabre.
Au nord se dressent une série de mamelons verdoyants qui ferment l’horizon.
Au Nord-Ouest, se continue vers Mirepoix la vallée où l’Hers coule ses eaux grossies des cours de tout le cirque chalabrois, baignant les collines où sont construits, sur la rive droite l’église de Saint-Pierre, sur la rive gauche, le château récent de Falgas.
A nos pieds et au centre de ce merveilleux paysage, auquel nous nous arrachons à regret, s’étend, pittoresquement bâtie à la rencontre des trois vallées de l’Hers, du Chalabreil et du Blau, la petite ville de Chalabre.

Notre cicérone nous conduit dans le parc. Ce sont des avenues qui serpentent sur le flanc du mamelon, au milieu duquel est érigé le manoir. Ce sont des allées pleines d’ombre et de fraîcheur où l’on rencontre dans un coin solitaire le modeste mausolée de Madame la Comtesse de Bruyères née Laval, décédée en 1828. Appartenant à la religion réformée, les dépouilles de la dernière Comtesse de Bruyères n’ont pas été admises dans le caveau de famille, qui se trouve dans le cimetière catholique.

Autorisés à herboriser dans le parc, les professionnels ne s’en font pas faute. Ignorant personnellement la science botanique, je laisse à MM. Gautier, Rebelle, Marty et Fabre le soin de vous dire quelle belle moisson ils ont faite. Il me semble, si j’ai bonne mémoire, que M. Gautier a ramassé de nombreux échantillons d’un Hieracium qui paraissait beaucoup l’intéresser. Certainement il nous fera part de sa découverte, s’il ne l’a déjà fait.

Le carillon qui nous arrive de Saint-Pierre nous rappelle que le programme impose notre présence à l’hôtel de France à midi. A défaut des cloches, nos estomacs nous l’auraient fait remarquer.
Un coup de corne réunit en un point du parc toute la troupe. Mais il manque un excursionniste. M. Rebelle s’est laissé entraîner par son amour des plantes. Il en a oublié l’heure du déjeuner. Enfin le voici ! Nous nous dirigeons en toute hâte vers le restaurant par l’avenue de Puivert. Et, il nous est permis, au passage, d’admirer encore une fois, mais sous une autre face, la demeure des de Mauléon, « ce pêle-mêle ravissant de grands arbres, de tourelles et de créneaux où l’on s’étonne de ne pas apercevoir la bannière seigneuriale onduler au vent, ou de n’y pas entendre la trompe du veilleur, tant cet ensemble plein de capricieuses fantaisies donne à tout le site quelque chose d’inattendu, d’étranger à l’époque, de préparé seulement pour les générations d’autrefois » (Vicomte G. de Juillac).

pris dans le parc

Pour la première fois depuis le matin, nous faisons un léger accroc au programme. Nous ne sommes à table qu’à midi 30. Nous n’en faisons qu’un plus grand honneur à l’excellent déjeuner qui nous est servi. Deux heures sonnent. Déjà ! On ne s’est pas ennuyé à table ! Mais les meilleures choses doivent avoir une fin. Et, après avoir vidé, à la prospérité de la Société, une coupe de vin mousseux, nous nous préparons à aborder la seconde partie du programme de cette première journée.
Une modification acceptée par tous renvoie le départ pour Léran après la visite de la ville.

Tout en nous acheminant vers les usines de M. L. Debosque, où ce dernier a bien voulu convoquer quelques ouvrières de bonne volonté. Nous admirons les promenades de Chalabre, d’autant plus animées que c’est aujourd’hui dimanche et même grande fête. Les cours, ainsi appelle-t-on dans le pays les belles allées de platanes, larges de 10 à 15 mètres, fossés de la ville ancienne, bordées d’hôtels et de cafés aux terrasses fleuries, sont ravissants à voir, émaillés qu’ils sont du beau sexe de l’endroit qui a mis ses plus belles parures.

Sur notre passage, se rencontre l’Hôtel de Ville reconstruit, à peu près dans son état actuel, de 1725 à 1732, sur l’emplacement de l’ancien et deux maisons voisines achetées à cet effet. Le fronton de la porte principale est orné d’un écu portant deux clefs d’or en sautoir, accosté de deux branches de laurier d’or. Ce sont sans doute les armes de la ville. L’escalier et sa belle rampe en fer forgé, les hautes fenêtres et la vaste cheminée de marbre de la salle du conseil sont du meilleur style XVIIIème.

le blason de Chalabre

Une vaste salle, au premier étage à gauche de l’escalier, avec une estrade en bois et une rampe de même, sert de justice de paix et présente l’aspect d’un vieux prétoire.
Dans le bureau du secrétariat, encastré dans le mur, à gauche de la fenêtre, une pierre gravée porte cette inscription :

H/EC BASILICA
PERFECTA FVIT
ABSOLVTA QVE
CONSVLIBVS
JOANNE BARDON
PHILIPPO LASALE
JOANNE ROCQVES
F. VILLENEUVE
1732

L’auteur devait être un parfait latiniste pour s’être servi du mot « Basilica » avec cette signification spéciale « maison royale où l’on rend la justice », faisant ainsi ressortir le privilège de l’hôtel de ville de Chalabre à cette époque.

AMPLIATA
DECORATAQUE
FUIT
RECTORE
ANDUZE-FARIS
ADJUDORIBUS
N. VIVES
ET F. CAMBON
1834

Une deuxième pierre, à droite de la même fenêtre et faisant pendant à la première porte.

De cette époque date le fronton de marbre, avec l’écu de la ville peint sur la cheminée. On s’est inspiré pour confectionner les armes de Chalabre, des clefs de Saint Pierre, patron de la paroisse.

Un peu plus loin, nous sommes attirés par une série de maisons anciennes à deux étages, dont le rez-de-chaussée est en léger recul et les étages supérieurs sont supportés par des poutres en saillie que l’on nomme en architecture des « avant-soliers. » Les façades de ces maisons, qui sont fort communes à Chalabre, à Mirepoix, comme d’ailleurs dans tous les villages de la région, qui datent du moyen âge et de la Renaissance, sont construites avec des « pans de bois » entrecroisés en forme de losange dont les vides sont remplis par de la maçonnerie.

Les membres de la Société visitent l’église de Notre Dame de Consolation, communément appelée « l’église de la ville ». Construite en 1558, ainsi qu’en témoigne la clef de voûte de l’arceau du chœur, elle se compose d’une nef rectangulaire plafonnée, éclairée par de hautes baies ogivales non symétriques et entourée aux trois quarts d’une tribune en bois. Le chœur est voûté et décoré de colonnes et d’un entablement néogrec de l’époque avec statues, le tout sculpté à même dans le plâtre et portant encore quelques traces de l’ancienne dorure qui devait entièrement le revêtir.
A droite et à gauche du chœur se trouvent deux chapelles.
Celle de gauche (côté évangile) a été construite en 1691 comme en témoigne le procès verbal suivant inscrit dans un registre de l’Etat-civil :

« l’an mil six cens nonante et un et le vingt et septiesme May, dimanche après l’Ascension, nous, Pierre Boyer, prestre docteur en Sainte Théologie et Curé de Chalabre par la permission du Révenrendissime Père en Dieu, Messire, Pierre de la Broüe, Evêque de Mirepoix, avons fait la bénédiction de la nouvelle chapelle édifiée du costé de l’Evangile dans l’Eglise Nostre Dame de Consolation et l’avons dédiée à l’honneur de la très Sainte Trinité, et après les cérémonies prescrites dans le rituel y avons célébré la Sainte Messe assisté de Me Dominique Faure, ancien prévost de la Tourette et de Me Mathieu Denec prestre et vicaire – présens Me Etienne de Jossis, docteur ez-droit, juge de Chalabre, le Sr Jean Roussinier, le Sr Armand Lafitte, consuls et le Sr Joseph Fontanilhes, marguiller mage, signez en foi de quoy ».

Dans la nef, à droite, se trouve une ravissante chaire en bois sculpté et doré à Limoux en 1786.
Quatre lustres, également en bois sculpté et doré de cette époque, pendent à la voûte. Ils sont classés comme mobilier historique.
Il serait utile de faire classer la chaire.
C’est dans le maître-autel de cette église que les consuls, avant la Révolution, tenaient en dépôt sous clef, les titres et privilèges que les Rois de France avaient accordés à la ville.

Nous exécutons le « traditionnel tour de ville ». Chalabre est en effet constitué par une série de promenades en forme de carré parfait. Les côtés parallèles en sont réunis par des rues qui se coupent perpendiculairement. Et, à leur intersection, est ménagée la place du marché, halle aux grains couverte, dont la charpente est soutenue par de forts piliers en chêne. Au pied du château, on peut visiter les plus anciens quartiers de la ville féodale constitués par des rues étroites et de curieuses mansardes. Sous forme de faubourgs, la ville s’étend sur les avenues des routes qui s’y entrecroisent : de Foix à Limoux, de Mirepoix à Quillan, de Léran à Chalabre.

Notre promenade nous amène jusqu’à l’usine de notre collègue M. Debosque. En une heure de temps, le contremaître, M. Boulicot fait exécuter devant nous les diverses opérations de la fabrication d’un chapeau. Et chacun est émerveillé de voir sortir des mains de l’ouvrier ce beau et rutilant « trois françois » à la genèse et à la naissance duquel il vient d’assister. M. Debosque reçoit les remerciements de tous les membres de l’excursion qui regagnent la diligence pour aller visiter Léran.
De retour le soir à l’hôtel de France, après une nuit de sommeil réparateur, le groupe repart à 6 heures 02 de la gare de Chalabre pour Lagarde, où il arrive à 6 heures 20. Mais ce lundi de pentecôte, il pleut.

Huit membres reviendront le dimanche 28 juin 1925, le matin même où le monument aux morts et la statue de Magrou furent inaugurés par le maire Rolland, entouré de son conseil municipal et du sous préfet, avec et toujours le docteur Courrent.
La halle comme l’hôtel de France sont refaits à neuf.
Ils repartiront comme ils étaient venus, en voitures, par le col de Bac avec plus de deux heures de route, temps minimum qui séparait la capitale Audoise du Kercorb.

Le pharmacien de la place Rascol était un grand herboriste. Il a mis en lumière des orchidées sauvages.

Chalabre fut inondée le 11 juillet 1904 dans la chaleur de l’été.
Le lendemain de l’Assomption, le 16 août, nos deux vertueux élus, le maire le docteur Laffitte et l’adjoint le pharmacien Rascol, interdisent toute sorte de loterie.
Ils décident le 2 novembre 1904 de planter des platanes sur un lieu de promenade, l’abattoir. Ces platanes de nos jours centenaires font le bonheur des pétanqueurs.